Soirées « safe » : qu’est-ce que ces soirées qui fleurissent partout en France ?

[ad_1]

Des jeunes femmes (beaucoup de jeunes femmes) dansent et crient au son des morceaux qui s’enchaînent. Elles sont habillées en minijupe très courte, en crop top sexy, d’autres ont fait sauter le haut et sautillent en soutien-gorge. Partout, sur le dance-floor, les corps se déhanchent. Sur les visages, des paillettes et des sourires, une liesse collective et colorée. Le lendemain, sur les réseaux sociaux des organisatrices, les messages de remerciements affluent : « Merci pour cette soirée ! C’était la première fois que je dansais autant sans me soucier de trop bouger mes fesses ! », « Ce samedi, je ne me suis jamais sentie aussi sereine et en sécurité en soirée, depuis je me sens mieux et même plus belle. »

Bienvenue dans les fêtes « safe » ou « safer », nouveau mouvement des nuits françaises. Son credo : des événements plus sûrs pour le public féminin. À Paris, à Marseille ou à Grenoble, il est désormais possible de danser sans se faire draguer lourdement ni se prendre une main aux fesses en toute impunité. Ces soirées affichent leur empowerment nocturne dès leur nom, plein d’humour : il y a La Chatte en Feu qui ambiance La Machine du Moulin-Rouge à Paris, les fêtes Cagole Nomade, qui ont débuté à Marseille et tournent dans toute la France, ou encore La Bringue, ouverte seulement aux filles. Des clubs et des salles de concert ont aussi rejoint le mouvement. Tous ont mis en place des règles strictes et travaillent avec des associations de lutte contre les violences sexuelles dans le secteur de la nuit comme Consentis, Fêtez Clairs, ou Rave Safe.

« Il y a plusieurs dispositifs, nous explique Marion Delpech, de l’association Act Right, qui accompagne les professionnels. Le personnel est formé pour aider les victimes, les mettre à l’abri, recueillir leurs témoignages. Il peut y avoir des maraudes dans la salle : des bénévoles ou des salariés avec un brassard ou un T-shirt fluo s’assurent qu’aucune femme n’est importunée. On conseille aussi la mise en place d’une “safe zone”, un endroit au calme où installer les personnes, d’une charte claire sur leur site, d’une signalétique dans la salle pour sensibiliser les fêtards, et même d’une hotline pour pouvoir joindre un membre du staff en cas de souci. » Le Petit Bain à Paris, le festival Rock en Seine et La Belle Électrique à Grenoble sont les trois lieux déjà labellisés par Act Right.

On fait sortir la personne qui a eu un comportement inapproprié ou violent

Et concrètement, en cas de dérapage, ça donne quoi ? « Si une femme vient se plaindre, on fait sortir la personne qui a eu un comportement inapproprié ou violent. On a aussi des caméras dans le club qui nous permettent de repérer les hommes problématiques et d’anticiper les situations de violences », nous explique l’une des deux référentes VSS (Violences sexistes et sexuelles) du Petit Bain. Qui sont ces hommes ? Ceux qui se collent aux filles sur le dance-floor, qui les accostent de manière brutale, qui insistent malgré un refus, qui les touchent sans leur consentement. « Ceux qui sont là pour choper une fille à tout prix, et pas vraiment pour faire la fête », nous explique une habituée de ces soirées. Et dans ces lieux safer, la tolérance est nulle pour ce genre de comportements. « Aujourd’hui, on n’hésite plus à mettre quelqu’un dehors, nous explique Camille, de La Belle Électrique. Depuis mi-septembre, on a dû appeler la police une fois pour un soupçon d’agression sexuelle, et on a fait sortir plusieurs fois des frotteurs. Bien sûr, il y a d’abord un dialogue et de la pédagogie : on est totalement à l’écoute de la victime, mais on discute aussi avec la personne mise en cause.

Souvent, ces hommes n’ont pas conscience qu’ils ont été trop loin. Si la victime n’est pas traumatisée et que l’homme présente ses excuses, il peut y avoir une forme de tolérance et on peut le laisser repartir dans la soirée sous surveillance, mais s’il ne comprend vraiment pas, qu’il est agressif ou que la victime est très choquée, on le dégage. »

23-06-10 Cagole Nomade (©naïri) RS - 159

©Tiphaine Caro

Solidarité et célébration

Dans la plupart de ces soirées, les incidents sont peu nombreux, mais jamais inévitables. « C’est pour cela qu’on ne veut pas dire que nos événements sont safe à 100 %, on parle plutôt de soirées bienveillantes, nous explique Louise Pétrouchka, djette et fondatrice de La Chatte en Feu. Il y avait 1 300 personnes à notre dernière fête, et on a viré cinq ou six mecs relou. » Un ratio tout de même très encourageant par rapport à la violence qui règne dans le monde de la nuit. « Je ne compte plus le nombre de fois où on m’a touché le cul et les seins, nous raconte Jeanne, 25 ans. II y a toujours des gros lourds. Moi, j’ai juste envie de danser, d’être habillée comme je veux, sans redouter de me faire emmerder. Souvent, j’évite même le regard des mecs de peur qu’ils prennent ça pour un appel. » Un constat qui a poussé Louise à organiser ces fêtes d’un nouveau genre : « Quand je mixais, il m’est arrivé de réaliser que moi-même je n’irais jamais danser dans le public, qu’il n’y avait que des gars relou complètement bourrés. Souvent, des mecs en chemise, type école de commerce, avec cette culture “bureau des étudiants” où tout est permis. »

Dans les soirées safe, le public est tout autre : plus métissé, plus queer, plus branché, plus sensible aux questions des discriminations, mais surtout plus féminin. « On a environ 75 % de filles, ce ratio change la dynamique, ici, les femmes font les règles », se félicite Louise. Si La Bringue a pris le parti de refuser les hommes, les autres espèrent réussir à créer une mixité heureuse. « À l’entrée, chacun doit signer de sa main notre mur du consentement, explique Lisa, cofondatrice de Cagole Nomade. Celui qui ne veut pas signer, il reste dehors. » De quoi casser l’ambiance, pourraient objecter certains, c’est pourtant tout le contraire. « Les femmes se sentent en sécurité, donc elles se lâchent comme jamais, poursuit Lisa. Une vraie sensation de liberté. On a aussi une scène ouverte à toutes et à tous pour faire des performances, du karaoké, de la danse. L’idée, c’est de s’accepter, d’oser. On a également mis en place un système de marrainage avec les “Cagole mothers” pour accueillir et accompagner des femmes seules qui ont envie de sortir. Il y a de la solidarité, tout le monde se parle sans crainte, c’est un moment de célébration. »

[ad_2]