« On a envie de crier qu’on est amoureuses, mais on ne peut pas » : elles sont compagnes de prêtres

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L’amour ou la soutane ? La règle du célibat ecclésiastique impose aux prêtres catholiques la chasteté tout au long de leur existence, mais il suffit parfois d’une rencontre pour bouleverser leur pieuse existence. La semaine dernière, un prêtre du diocèse de Lyon a annoncé à ses paroissiens, en pleine messe, qu’il allait devenir père, un événement inattendu qui le pousse à abandonner ses fonctions. Une absence de faux-semblants peu courante au sein de l’institution pourtant habituée à ces histoires clandestines. Les femmes qui tombent amoureuses de ces hommes peu ordinaires sont souvent éloignées par l’Église qui tente toujours de les réduire au silence. Pour ELLE, trois femmes racontent leur histoire d’amour secrète avec un prêtre.   

Des hommes rongés par la culpabilité  

Depuis des années, Ingrid file le parfait amour avec son compagnon. La mère de famille de 49 ans se souvient comme si c’était hier de l’instant où ses yeux ont croisé ceux de Marc pour la première fois. « C’était le jour où je suis venue lui demander de célébrer le baptême de ma petite dernière », dit-elle. Elle ajoute : « Entre nous, j’ai compris que quelque chose se passait sur le plan humain. » Le coup de foudre insolite a lieu dans un presbytère. Pour cause, Marc est curé. Alors victime de violences conjugales, la paroissienne éprouve le besoin de se confier. Elle entame une correspondance avec le père Marc. Dans la foulée, elle se sépare du père de ses enfants. Un jour, il l’invite à prendre le thé. Elle est alors bien consciente qu’il s’agit d’un tournant dans leur relation. « La vie d’un prêtre est publique : les paroissiens sont toujours au courant de tout ce qui se passe », explique-t-elle. Ouvrir sa porte à une femme n’est jamais anodin. Un baiser scelle leur amour, ce jour-là. « C’était comme une évidence entre lui et moi : j’avais cette sensation que je le connaissais depuis toujours, comme si nos âmes étaient reliées sans le savoir. »  

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Une scène qui rappelle des souvenirs à Marie-Laurence. Après dix-sept ans de mariage, cette femme de 65 ans garde en mémoire l’image du premier baiser échangé avec son mari, lui aussi ancien prêtre. Le jour où elle lui avoue ses sentiments, il refuse d’abord ses avances parce qu’il sort d’une « histoire difficile ». Le prêtre n’en était pas à sa première conquête féminine : elle apprendra par la suite qu’il a deux filles cachées. Devant la déclaration enflammée de sa paroissienne, il demande sept mois de réflexion. Rongé par la culpabilité, il finit par l’éconduire, lui expliquant qu’il ne souhaite pas quitter son ministère. « Vous serez forcément malheureuse et moi, je tiens à vous », justifie-t-il. Mais il finit par l’embrasser. La culpabilité du désir charnel est une constante : « Les préliminaires sexuels se réduisaient au strict minimum, il fallait que ça aille vite… Je pense que ces hommes sont profondément marqués par l’interdiction. » 

Des amours clandestines lourdes à porter  

Les dogmes de l’Église les obligent à vivre des passions clandestines dont les femmes souffrent énormément. « Les activités les plus simples, comme aller au restaurant ou au cinéma, deviennent un incroyable casse-tête. On est très vite confronté aux limites de la clandestinité », déplore Ingrid. Une injonction au mensonge forcément marquante : « On a envie de crier qu’on est amoureuses, mais on ne peut pas .» Seul son entourage très proche est au courant de sa situation, dont une amie et ses enfants.  Les sept années de « fausse relation » de Marie-Laurence l’ont également marquée au fer rouge. Pendant cette période qui lui paraît une éternité, cette ancienne fervente catholique doit vivre éloignée de lui et s’enfonce dans une grave dépression, jusqu’à une tentative de suicide.  

« L’Église ne veut pas nous reconnaître, elle ne veut même pas savoir qu’on existe et ce, même s’il y a des enfants » 

Une mise au placard insupportable pour celle qui a longtemps été la présidente de l’association « Plein jour » qui vient en aide aux compagnes de prêtres, de religieux ou de religieuses. « L’Église ne veut pas nous reconnaître, elle ne veut même pas savoir qu’on existe et ce, même s’il y a des enfants », affirme-t-elle. Elle précise : « Quand il y a des enfants, l’Église fait signer un contrat et attribue une somme d’argent à la mère pour garder le silence. » Il faut dire que les jugements vont bon train parmi les paroissiens qui observent toute complicité d’un mauvais œil. « Un jour, on m’a dit que les gens jasaient beaucoup parce que nous étions très proches avec Marc. Ils trouvaient qu’on riait trop ensemble. Je répondais toujours : « Ça veut dire qu’on a plus le droit de rire ensemble ? »   

Dénonciations par lettres anonymes 

Une médisance qui va jusqu’à l’envoi de lettres anonymes à l’évêque du diocèse. Des dénonciations qui forcent à sortir du secret, mais confrontent le prêtre au jugement de l’Église. Dans le cas du père Bernard, l’existence de deux enfants le trahit malgré la discrétion de Marie-Laurence… Le choix qui s’offre à lui est un faux dilemme : on lui propose de s’exiler en Afrique. Contraint et forcé, il abandonne sa fonction de prêtre pour devenir chauffeur de bus pendant dix ans. Une fois à la porte, les anciens prêtres n’ont accès à aucune prestation sociale. Toute sa vie, l’époux de Marie-Laurence sera rejeté par l’Église : c’est finalement l’Église protestante qui lui tend les bras. De la même manière, le compagnon d’Ingrid est sanctionné : il ne pourra plus célébrer de mariage ou de baptême. L’évêque lui annonce la nouvelle, décret ecclésiastique à l’appui. « J’ai vraiment eu l’impression qu’on retournait au XIIe siècle », dit-elle. Les historiens disent que le célibat des prêtres est instauré à partir de 1132 environ.  

« Un prêtre qui tombe amoureux dans une relation consentie, ce n’est pas accepté » 

Là réside le paradoxe de l’Église. « Un prêtre qui tombe amoureux dans une relation consentie, ce n’est pas accepté. Mais les abus sexuels dont se rendent coupables certains, aucun problème ! Quand on sait qu’un prêtre est un pédocriminel, on le change de diocèse… Alors que quand il est amoureux d’une femme, on le vire », s’offusque Ingrid. Le poids de la culpabilité est terrible, au point que certains mettent fin à leur relation. Une rupture que Lydia*, 54 ans, a vécu comme un arrachement. Jamais elle n’aurait imaginé être abandonnée de la sorte après plus d’un an d’idylle. 

Une rupture qui a lieu quelques jours avant qu’il quitte définitivement les ordres. « Une fois que je l’ai aidé à faire les démarches, il m’a abandonnée sans explication. Au moment où j’allais enfin être libre d’aimer, il m’a tout enlevé. » L’Église n’ayant pas de lien direct avec cette décision, elle en veut malgré tout à l’institution. « Je pense qu’il a peut-être pris conscience de ce que représentait la vie en couple avec des enfants. Les prêtres sont enfermés dans leur bulle, ils ne savent pas ce que signifie payer un loyer, la taxe foncière… L’Église les éloigne de la réalité. » Résultat : les prêtres sont nombreux à enchaîner des relations éphémères.   

Une peine de cœur d’autant plus difficile à surmonter que Lydia reste seule même dans la rupture. « Dans ma famille, personne n’est au courant, à part mes enfants », confie-t-elle. Anéantie, elle explique ne plus croire en l’amour, ni en l’Église catholique. « Si un prêtre censé incarner la bienveillance n’hésite pas à me trahir, alors qui est digne de confiance ? », lance-t-elle. Dans la bouche de ces femmes, l’absurdité du célibat des prêtres est une évidence. « Comment peut-on vivre dans la chasteté, sans amour, ni tendresse ? », s’interroge Ingrid. Une des premières fois qu’elle a pris dans les bras l’homme qu’elle aime, une question l’a envahie. « Je lui ai demandé depuis combien de temps il n’avait pas été pris dans les bras de quelqu’un. » Cela faisait 17 ans. 

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